Annulation du concert de Death In June à Lyon ou la victoire des porcs ignorants sur la culture.

Parait-il que nous avons la chance de vivre dans le pays des Droits de l’Homme et que la culture serait un art important. Bon en fait ça ne fonctionne que lorsque ça arrange. Retour sur une folle semaine.

Death In June - Live Tour France 2013

Mardi 29 Octobre 2013 devait s’ouvrir au Ninkasi de Lyon la tournée du groupe « folk » britannique Death In June : « C’est Un Rêve Tour 2013 ».

Le groupe est une sorte d’antithèse musicale et visuelle de la société et des côtés sombres de l’Homme. Au delà de la musique, sombre et expérimentale, l’esthétique prend une place importante délivrant des messages ésotériques et symboliques forts.

Il n’en faut pas moins pour déchaîner et réveiller les donneurs de leçons, les censeurs, les journalistes et les comités « anti » habituels des quatres coins du pays pour faire annuler cette horrible tournée d’un groupe de « metal » -sic- (source) en dénonçant une « esthétique mélangeant symbolique nazie et paganiste ».
Il n’en faut pas moins pour que ces spécialistes se mette à cracher sur un groupe qu’ils ne connaissent qu’à travers des sites « anti-faf » qui ne font que récupérer de fausses informations sans même prendre la peine de les vérifier ni même de contacter le groupe. Inutile de te rendre dans la partie commentaires des articles torchons pour tenter d’apporter un brin de lumière à ces obsédés de la Svastika, la censure est de mise.

C’est ainsi qu’après deux dates annulées, Paris et Cognac, la date lyonnaise tentera de résister grâce aux très bonnes explications du Ninkasi dans le journal local Le Progrès. Mais les maîtres-penseurs d’extrême-gauche de Rebellyon l’affirment sur leur site : « Death In June n’est pas bienvenu à Lyon » et invite ses lecteurs militants à prendre leur téléphone pour contacter les camarades socialistes de la Préfecture pour annuler la venue de ce groupe « aux relents nazis ».

Il fallait bien que la connerie humaine cesse à un  moment et les organisateurs décident de s’exprimer dans une très longue et belle prose sur leur site, en mettant les détracteurs du groupe face à leurs contradictions.

A ceux qui font pression sur les salles de concert et sur les municipalités, nous leur demandons, qui est fasciste ? Vous ne valez pas mieux que Civitas s’en prenant à l’exposition ‘Piss christ’, que ceux qui s’en prenaient à Orelsan pour son titre ‘Sale P*te’ accusé de ‘sexisme’, que Christine Boutin s’attaquant au Hell Fest. Pourquoi ne faites vous pas un autodafé avec les disques de Death In June? (…)

Et nous savons aussi que la liberté d’expression est définitivement enterrée dans ce pays, il serait donc urgent qu’un artiste, subventionné et adoubé par l’état, planche sérieusement sur un projet de statue en sa mémoire.

« Ci-gît, la liberté d’expression. »

 

C’est à ce moment là que les apprentis sorciers de Rebellyon, se sentant un peu cons, modifient le titre de leur article par « Death In June est bienvenu à Lyon », en précisant :

« Mais clai­re­ment nous devons reconnaî­tre un manque de recher­che, une erreur d’ana­lyse et une cer­taine pré­ci­pi­ta­tion cou­pa­ble concer­nant Death In June et son uni­vers. A trop crier au loup on finit par être inau­di­ble et perdre toute cré­di­bi­lité. On ne nous y repren­dra plus. Mea Culpa ». 

Le loup se mord la queue et retourne donc se cacher dans les bois. On penserait même qu’ils allaient venir au show pour s’excuser et discuter avec le leader du groupe. Après tout, il est homosexuel, c’est donc un potentiel camarade en lutte.

Malheureusement, le préfet a décidé de stopper cet espoir de fraternité et de liberté en prenant la décision d’interdire la tenue du concert de Death In June au Ninkasi et même de se trouver aux abords de la salle toute la journée (!!).
D’après ce bon monsieur, Lyon, symbole de la résistance contre les nazis, ne peut pas accueillir un groupe qui ferait l’apologie de cette barbarie. Evidemment.

C’est donc avec une tournée amputée des 3/4 de ses dates et un dégueulis de fausses accusations de nazisme que le groupe britannique qui fêtait ses 30 ans dernièrement est accueilli en France par nos élites.

Quand on pense que Death In June a pu se produire en Israël en toute légalité et sans gêner personne. Quand on pense que le groupe a brandi sur scène le drapeau de la communauté homosexuelle lors de concert en Russie.  Quand on pense que d’anciens membres du groupes sont juifs. Quand on sait que chez nous, en France, quelques excités suffisent pour brimer la liberté d’expression sans même un brin de documentation, c’est la honte.

MausCes ignorants qui font annuler des concerts sont les mêmes qui parlent de cette liberté d’expression quand ça arrange, parce que quand il s’agit de faire interdire les représentations de porcs qui défèquent sur le pays qui les subventionne à longueur de chansons, là il n’y a plus personne.

Je propose à nos élites de faire interdire la bande-dessinée « Maus », après tout il y a une croix gammée sur la couverture, mais aussi les concerts de Marilyn Manson pour ses prestations sur un pupitre pouvant faire penser à un dictateur, la diffusion de documentaires ou de films faisant référence à la Seconde Guerre Mondiale. Mais aussi d’interdire les disques de Lorie, car une blonde aux yeux bleus qui chante, c’est louche. Et Rammstein, c’est un groupe allemand donc nazi.

Death In June annulé en France pour cause de point Godwin, on a vraiment de quoi être fiers.

 

Pour approfondir : 

Le communiqué du Ninkasi
Le communiqué de Death In June et des organisateurs
Axess Code, sujet sur DIJ

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9 commentaires à propos de “Annulation du concert de Death In June à Lyon ou la victoire des porcs ignorants sur la culture.”

  1. Pauvre France.

    C’est sûr que du moment que c’est pas une espèce de pétasse à gros nibards qui chante des niaiseries qui passe 150 fois par jour sur Fun Radio (ça existe encore cette radio d’ailleurs ?!) ou un rappeur moitié illettré, ça n’intéresse personne.

    Ces gens-là se sont renseigné un minimum sur le passé de Douglas Pearce ? Manifestement non, sinon ils auraient revu leur copie.

    Bref, même si je n’écoute pas spécialement DIJ, je suis écœurée de voir comment les groupes « underground » sont mis au pilori sous prétexte d’une imagerie et d’un folklore plus ou moins tendencieux qui entourent le groupe.

    D’ailleurs, j’ai une question : je m’habille souvent en noir, je porte des t-shirts avec des têtes de mort et je parle allemand, suis-je nazie ? #troll

  2. Je pensais justement qu’on en avait terminé avec ce genre de stéréotypes à la con en France, mais visiblement non. Et quand tu vois qui sont les gens qui combattent des trucs comme le Hellfest et un concert de Death In June, faut pas trop se poser de questions.

    Mais comme tu le dis si bien, on a une censure à géometrie variable, personne ne trouve rien à redire lorsqu’il s’agit de filmer 20 teubés dans une baraque qui n’en branlent pas une à part s’insulter et montrer leurs fesses -tout cela nous assure une génération de jeunes complètement cons-.

    Dès que c’est un peu « underground », les gens lisent sans chercher à comprendre et le point Godwin arrive assez rapidement. D’ailleurs, il me semble que Laibach est aussi interdit de jouer en France non ?

    En tout cas, bravo au Ninkasi qui a su malgré tout faire face contre cette horde de degenerés. J’avais eu un responsable de la salle au téléphone qui était très sympa et confiant pour le concert à l’époque.

  3. Il faut peut-être être un peu plus nuancé. Il y a clairement une différence entre s’habiller en noir, porter des têtes de mort ou chanter en allemand et chanter des chants nazis en portant des croix gammées. Si vous ne voyez pas la différence, c’est un peu dommage. Idem pour Maus ou les films sur la Seconde Guerre Mondiale.

    La liberté d’expression ne signifie pas dire et faire n’importe quelle connerie sous couvert d’art. Je ne connais pas le groupe plus que ça, donc je ne peux pas en parler, mais je pense qu’il est possible de dénoncer les atrocités humaines et/ou de faire réagir (c’est le but, non ?) avec d’autres moyens.

    Pour le Point Godwin,généralement c’est quand on finit un débat sur le nazisme, là c’est carrément le point de départ.

    Et pour finir, le coup du chanteur homo donc ils ne peuvent pas faire l’apologioe du nazisme, ça me rappelle un peu la copine noire de Nadine Morano, mais bon.

  4. Hmm Anthony, le sarcasme, le second degré, ça t’évoque quelque chose ou pas du tout ? Parce qu’aussi dans mon commentaire que dans l’article de Sebgob où il parle de Maus, c’en était, mais si tu n’arrives pas à faire la différence, c’est dommage. (D’ailleurs mon #troll prouve bien que c’est du sarcasme).

    Enfin à aucun moment dans les paroles Death In June, tu vas trouver des propos antisémites ou eurosceptiques ou que sais-je encore (ou alors faut avoir une imagination débordante).
    Par contre, quand un rappeur français écrit une chanson qui s’appelle « FranSSe » qui dit clairement « La France est une garce n’oublie pas de la baiser, jusqu’à l’épuiser, comme une salope faut la traiter » et avec un clip tout aussi haut en couleur (je t’invite à le regarder d’ailleurs), là personne ne dit rien (ou presque) et pourtant, y a nettement plus matière à sanctionner ce mec là que d’interdire un concert aussi anodin que celui de Death In June.

  5. Bonjour Anthony,

    Pourquoi utiliser d’autres moyens alors que ceux employés par Death in June sont tout à fait louables ? Ils dérangent qui ? Ceux qui ne font pas l’effort d’approfondir leur réflexion, qui s’en tiennent à ce qu’ils voient. Ne dit on pas que pour éveiller les consciences il faut mettre l’humain devant tout ce qu’il a d’horrible et de malsain ? C’est précisément ce que fait Death in June, depuis leurs débuts. Ce qui dérange, c’est qu’ils ne prennent pas position. Ils ont l’intelligence et le bon goût de nous laisser interpréter leur musique, un peu comme un film de Lynch.

    Je trouve scandaleux de lire qu’une chanson comme « C’est un rêve » est à la gloire de Klaus Barbie. Pure connerie. C’est un titre qui a forcément un autre sens pour peu que l’on y réfléchisse un peu. Il me semble que Douglas Pearce décrit ce titre comme une réflexion sur la part d’atrocité qui est nous, du risque de devenir quelqu’un d’aussi ignoble que l’était Klaus Barbie. Ce titre renvoie à l’horreur de la guerre, il fait allusion aux jeunes envoyés au front, qui commettent des atrocités qu’ils n’auraient jamais commis à la base.

    J’ai également lu bon nombre de conneries sur l’album « Brown book », que celui ci ferait l’apologie du nazisme. Foutaises. Certes, Douglas Pearce reprend l’hymne nazi dans cet album. Et ? C’est un album concept, sur la possibilité du fascisme dans notre monde, en chacun de nous, ce qui s’est produit dans un passé récent. Ce n’est pas nécessairement son ressenti. On peut exposer des choses, des faits, utiliser des images ou des sons pour illustrer un propos. Doit on considérer que les cinéastes qui utilisent dans leurs films des croix gammées, des costumes SS sont des nazis ?

    Pour ce qui est de l’homosexualité de Douglas Pearce, je trouve assez dommage que tu sortes cet élément de l’ensemble de faits dont il fait partie. En effet, pris à part, ce n’est en rien un argument pour justifier que Death in June ne sont pas des nazis. D’ailleurs, Douglas Pearce ne joue pas de cela en ce sens. En revanche, pourquoi ne reviens tu pas sur le fait que Death in June joue en Israël, que nombre des anciens membres du groupe sont des juifs, qu’un de leur tourneur est iranien, que leur producteur est d’origine africaine ?

    Allez, comme dirait ce bon vieux douglas, Heilige ! (non non ce n’est pas un salut nazi…)

  6. On voit bien que tous les arguments pour dire que ce groupe est « néo-nazi » ou d’ « extrême-droite » tombent à l’eau pour le peu qu’on s’attarde un petit peu sur le contenu et le contenant.

    Comme Marina et Jérémy, je suis de leur avis, et mon article initial fait volontairement des comparaisons avec Marilyn Manson ou Rammstein car on est quelque part dans une censure à géométrie variable.

    Quand l’artiste est largement connu, personne ne va s’élever pour faire annuler un concert parce qu’il n’y a pas de raison, alors que si ce même groupe est peu connu, « underground », c’est de suite douteux et on ne va pas prendre la peine de se renseigner.

    Rammstein était taxé de « nazi » par beaucoup dès leurs débuts en 1996/97 uniquement parce qu’ils chantent en Allemand. Il aura fallu en arriver à un troisième album (et sans doutes avec le titre « Links 2 3 4 ») pour que tout le monde se calme …

    Anthony, Death In June ne chante pas de « chants nazis » et ne porte pas de croix gammées sur scène. Dire cela sans connaitre le groupe pour ainsi proposer une morale (et une annulation d’un concert) est malheureusement le schéma symptomatique de notre époque.

    Pour conclure, un lien vers « Le Journal de la Culture » du 30 Octobre 2013 sur France Culture.

    http://www.franceculture.fr/emission-le-journal-de-la-culture-un-groupe-de-rock-punk-britannique-interdit-de-concert-en-france-2

    Avec les interventions de :

    – Ricardo Esteban, Directeur de la péniche le Petit Bain à Paris qui se dit contraint d’avoir annulé le concert de Death In June prévu ce soir
    – Christophe Gales, tourneur de Death In June en France
    – David Sanson, Co-commisaire (avec Eric de Chassey) de l’exposition Europunk qui se tient en ce moment à la Cité de la musique à la Villette

  7. C’est vrai que devoir expliquer aux gens que ce groupe n’est pas nazi alors même que les « médias » se depechent de publier des articles du genre « annulation d’un concert d’un groupe nazi à Lyon » pour que ceux-ci génèrent des clics et donc fasse tourner les régies publicitaires qui les font vivre, c’est pas évident.

    En bonus pour rester dans le sujet,voici un mail envoyé aux organisateurs par le chef de l’édition Charente du journal Sud-Ouest publié sur Facebook par l’orga. Appréciez.

    —————-
    Le 29/10/2013 à 10:22:48, « o.sarazin@sudouest.fr » a écrit :

    M. Usson,

    Le médiateur de « Sud Ouest » m’a transmis votre courriel, qui a retenu toute mon attention, mais dont le contenu m’a étonné.

    Certes, vous n’avez pas été sollicité lorsque « Sud Ouest » a consacré, dans ses colonnes et sur son site, un premier article à l’annulation du concert du groupe Death in June à Cognac. Néanmoins, dès le lendemain, vos arguments ont été largement présentés dans un deuxième article, dont le titre reprend votre affirmation « Death in June n’est pas un groupe néonazi ».

    Ce texte a sans doute échappé à votre vigilance. Vous pouvez le lire en suivant le liant suivant : http://www.sudouest.fr/2013/10/23/death-in-june-n-est-pas-un-groupe-neonazi-1207655-882.php

    Voyez, dans ce dossier, notre journal a donné tous les éléments permettant au lecteur de se forger sa propre opinion.

    Permettez-moi cependant de revenir un instant sur le premier article, qui suscite aujourd’hui votre réaction. Vous avez sans doute raison : nous n’aurions peut-être pas dû écrire que Death in June était un groupe d’influence néonazie, mais plutôt préciser, comme l’a fait la très sérieuse Agence France Presse et nos confrères du « Figaro » que Death in June était un groupe aux relents néonazi. Nous aurions également pu ajouter que l’esthétique douteuse, le salmigondis idéologique malsain et les références nauséabondes du groupe ne sont pas sans influence sur les esprits les moins éclairés.

    Si d’aventure vous deviez programmer d’autres groupes du même acabit dans la région, comme les Slovènes de Laibach, n’hésitez-pas à nous contacter : il y aura sans doute matière à d’autres articles !

    En vous souhaitant bonne réception, bien à vous.

    Olivier Sarazin
    Journal Sud Ouest
    Chef de l’édition de Charente
    Tél. 05.45.36.62.80.

  8. « nous n’aurions peut-être pas dû écrire que Death in June était un groupe d’influence néonazie, mais plutôt préciser, comme l’a fait la très sérieuse Agence France Presse et nos confrères du « Figaro » que Death in June était un groupe aux relents néonazi. » > ah bah oui, elle est là la nuance, influence ≠ relent. (Puis si AFP était une agence de presse sérieuse, ça se saurait)

    La mention de Laibach est priceless aussi. Je parie que ce sont ces mêmes gens qui écoutent Michel Sardou et qui ne s’indignent pas 2 secondes devant la chanson « le temps béni des colonies ».

    Grande leçon de journalisme qu’on a l’a.

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